L'ABC de la gestion de projet : P comme « gestion de programme »
Pourquoi les entreprises ne font pas faillite à cause de projets isolés, mais en raison d'un manque de coordination

La numérisation, l'intelligence artificielle, le développement durable ou les nouvelles exigences réglementaires obligent les entreprises à s'adapter et à évoluer en permanence. Afin de rester compétitives, de nouveaux projets sont donc lancés en continu. L'objectif est ainsi de rendre les processus plus efficaces, d'introduire de nouvelles technologies ou de perfectionner les produits. Cependant, la complexité augmente parallèlement au nombre de projets. Différentes équipes travaillent en parallèle sur des thèmes connexes, des personnes clés sont impliquées dans plusieurs projets à la fois et les décisions prises dans un projet ont des répercussions directes sur les autres. Malgré une gestion de projet professionnelle, le risque est donc grand que les délais soient compromis, que les ressources viennent à manquer et que les bénéfices attendus des initiatives stratégiques soient inférieurs aux attentes.
Souvent, cela ne tient pas à la qualité des projets pris individuellement. Il s'agit plutôt d'un manque de vision globale des liens, des interdépendances et des objectifs communs. La gestion de programme établit le cadre permettant de piloter plusieurs projets interdépendants de manière à ce qu'ils génèrent ensemble les avantages stratégiques souhaités.
Trop de projets ? Souvent, le problème trouve déjà son origine dans le portefeuille de projets
Dans la pratique, les nouveaux projets voient souvent le jour de manière décentralisée. Les services métier mènent des projets de numérisation, le service informatique modernise les systèmes existants, les services chargés de la conformité réagissent aux exigences légales et la direction lance des programmes de transformation stratégique. Prises isolément, ces initiatives sont généralement bien fondées. Le problème survient lorsque chaque bonne idée débouche automatiquement sur un nouveau projet, car il en résulte un paysage de projets en constante expansion, dans lequel de nombreuses initiatives se disputent simultanément les budgets, les compétences spécialisées et l’attention de la direction. Les ressources particulièrement critiques sont affectées à plusieurs projets, les priorités changent constamment et les interdépendances entre les projets sont souvent négligées.
Avant que les entreprises ne puissent piloter avec succès des programmes complexes, il convient donc de se poser d’abord la question fondamentale de savoir quels projets doivent être mis en œuvre. C’est généralement la gestion de portefeuille qui apporte une réponse à cette question, en considérant l’ensemble des projets et programmes d’une entreprise dans une perspective globale, ce qui permet de prendre les bonnes décisions. L’objectif de la gestion de portefeuille est de concentrer les investissements de manière ciblée sur les projets qui contribuent le plus à la stratégie de l’entreprise.
Pourquoi les principaux objectifs de l’entreprise nécessitent plus qu’un simple projet
Or, de tels changements stratégiques ne peuvent que rarement être réalisés dans le cadre d’un seul et même projet ; ils résultent souvent d’un ensemble de nombreux projets interdépendants, mais dotés d’équipes, de budgets et de calendriers différents. La réussite de ces initiatives ne dépend donc pas uniquement de la réalisation des objectifs de chaque projet pris individuellement. Ce qui est déterminant, c’est plutôt de savoir si tous les projets sont coordonnés entre eux, tant sur le fond que sur le calendrier, de manière à générer ensemble les bénéfices escomptés. C’est la gestion de programme qui se charge de cette tâche.
Gestion de programme : le lien entre stratégie et mise en œuvre
Une fois les projets stratégiquement les plus importants identifiés, leur mise en œuvre coordonnée commence, car même si tous les projets d’un programme sont planifiés et pilotés de manière professionnelle, cela ne signifie pas pour autant que l’objectif global sera atteint. Si, par exemple, un projet informatique central prend du retard, cela peut avoir des répercussions sur les actions de formation, les adaptations de processus ou la mise en service prévue. Lorsque des ressources sont réaffectées à court terme ou que les priorités sont modifiées, cela entraîne rapidement des réactions en chaîne qui compromettent la réussite de l’ensemble de l’initiative.
Contrairement à la gestion de projet, la gestion de programme ne porte donc pas sur un projet isolé, mais sur plusieurs projets liés entre eux sur le fond, qui contribuent ensemble à la réalisation d’un objectif stratégique. L’accent n’est pas mis ici sur la réussite de chaque projet pris individuellement, mais sur la question de savoir si le programme apporte à l’entreprise les avantages stratégiques escomptés.
Cette perspective modifie fondamentalement la manière dont le pilotage est assuré. Au lieu de considérer les projets de manière isolée, l’accent est mis sur leurs interactions. Les décisions ne sont pas seulement évaluées en fonction de leur impact sur un projet individuel, mais aussi en fonction de leurs conséquences sur l’ensemble du programme.
Cela ne signifie bien sûr pas que la gestion de programme remplace la gestion de projet ; ces deux disciplines sont au contraire complémentaires. Les chefs de projet restent donc responsables de la mise en œuvre réussie de leurs projets respectifs, tandis que la gestion de programme veille à la réalisation des objectifs communs. Elle veille à ce que les projets soient coordonnés de manière judicieuse, à ce que les interdépendances soient identifiées à un stade précoce et à ce que les conflits n’apparaissent pas seulement lorsque les délais ou les budgets sont déjà menacés. Il en résulte ainsi un niveau de pilotage qui permet de planifier les changements stratégiques et garantit que de nombreux projets individuels aboutissent à une initiative globale couronnée de succès.
Les missions principales de la gestion de programme
La gestion de programme va bien au-delà de la simple supervision de plusieurs projets en parallèle. Elle met en place les conditions organisationnelles nécessaires pour que des projets de changement complexes puissent être mis en œuvre efficacement et produisent les bénéfices escomptés.
Cinq missions sont notamment au cœur de cette démarche :
- Rendre les dépendances transparentes : les programmes comportent de nombreuses dépendances techniques et temporelles. Par exemple, un projet peut fournir les bases techniques sur lesquelles s'appuie un autre, ou plusieurs projets peuvent accéder aux mêmes données, systèmes ou processus. Si ces liens ne sont pas identifiés suffisamment tôt, les retards peuvent rapidement se répercuter sur d’autres projets. La gestion de programme assure donc la transparence sur ces interactions et permet une planification coordonnée.
- Gérer les ressources à l'échelle du programme : dans de nombreuses entreprises, des collaborateurs expérimentés travaillent simultanément sur plusieurs projets. En l'absence de coordination globale, des goulots d'étranglement ou des charges de travail irréalistes apparaissent rapidement. La gestion de programme ne considère donc pas les ressources de manière isolée pour chaque projet, mais à l’échelle de l’ensemble du programme. Cela permet d’identifier les conflits à un stade précoce et de mieux harmoniser les priorités.
- Adopter une approche globale des risques : chaque projet dispose de son propre système de gestion des risques, mais le danger existe que les risques résultant de l’interaction entre plusieurs projets soient négligés. Un retard dans la réalisation d’une étape clé peut, par exemple, retarder les projets suivants, entraîner des coûts supplémentaires ou repousser les bénéfices escomptés. La gestion de programme complète donc la gestion des risques spécifique à chaque projet en apportant une vision globale des risques qui concernent l’ensemble du programme.
- Coordonner les changements : les programmes s'accompagnent souvent de changements profonds au sein de l'entreprise. Les nouveaux processus, technologies ou structures organisationnelles ont des répercussions sur différents domaines et doivent être synchronisés dans le temps. C’est pourquoi la gestion de programme veille à ce que ces changements ne se déroulent pas de manière isolée, mais soient pilotés comme une transformation cohérente. Cela permet d’éviter les doublons et d’accroître l’adhésion au projet ainsi que la rapidité de mise en œuvre.
- Garder à l’esprit les bénéfices : la différence sans doute la plus importante par rapport à la gestion de projet réside dans l’orientation systématique vers les bénéfices attendus. Un projet est généralement considéré comme une réussite lorsqu’il est mené à bien dans les délais et le budget prévus. Mais cela ne suffit pas pour la gestion de programme. Ce qui est déterminant, c’est de savoir si les améliorations visées se concrétisent réellement, qu’il s’agisse par exemple de processus plus efficaces, d’une réduction des coûts ou d’une plus grande satisfaction client. Cette orientation vers les bénéfices aide les entreprises à mesurer le succès des initiatives stratégiques non seulement à l’aune des projets menés à bien, mais aussi en fonction de leur impact réel.
Défis typiques liés à la gestion de programmes
La gestion de programmes complexes s'accompagne d'exigences particulières. Plus le nombre de projets impliqués est élevé, plus la transparence, la communication et une gouvernance claire revêtent une importance capitale. L’un des principaux défis consiste à garder une vue d’ensemble. En effet, les programmes évoluent généralement de manière dynamique. Cela signifie que les projets sont adaptés, que les priorités changent et que de nouvelles exigences viennent s’ajouter. Parallèlement, la direction et les parties prenantes attendent des informations fiables sur l’avancement, les risques et la réalisation des objectifs.
À cela s'ajoute le fait que les programmes sont souvent organisés de manière transversale. Les différents services spécialisés poursuivent leurs propres objectifs, utilisent des méthodes variées et disposent de processus décisionnels distincts. La direction du programme doit concilier ces intérêts sans perdre de vue l'objectif commun.
La communication joue également un rôle central. Les informations doivent être présentées de manière adaptée à chaque public cible, de l'équipe opérationnelle du projet jusqu'à la direction. Alors que les chefs de projet ont besoin d'informations détaillées sur les interdépendances ou les étapes clés, les dirigeants s'intéressent avant tout aux progrès stratégiques, aux risques et aux bénéfices attendus.
De plus, la gestion de programmes exige une grande capacité d'adaptation, car les initiatives stratégiques s'étendent souvent sur plusieurs années. Au cours de cette période, les conditions du marché, les objectifs de l'entreprise ou les exigences réglementaires évoluent fréquemment. Les programmes doivent donc être gérés de manière à pouvoir s'adapter aux changements sans perdre de vue leurs objectifs généraux.
Facteurs de réussite pour une gestion efficace des programmes
Pour que la gestion de programme puisse produire ses effets, il faut plus que des réunions supplémentaires ou des rapports d'avancement plus détaillés. Les programmes couronnés de succès se distinguent avant tout par quelques principes fondamentaux.
- Des objectifs clairs pour le programme : toutes les parties prenantes doivent comprendre l'intérêt stratégique que le programme est censé apporter. Plus les objectifs sont clairs, plus il est facile de définir des priorités et de prendre des décisions.
- Transparence concernant les interdépendances : les projets ne doivent pas être planifiés de manière isolée. La mise en évidence des interdépendances permet d'identifier les risques à un stade précoce et d'élaborer des calendriers réalistes.
- Gouvernance commune : des processus décisionnels harmonisés, des rôles clairement définis et des structures de reporting coordonnées permettent de mieux s'orienter, en particulier dans le cadre de programmes transversaux.
- Une planification réaliste des ressources : les programmes échouent rarement par manque d'idées, mais souvent en raison de la surcharge de travail des personnes clés. Une gestion des ressources à l'échelle de l'ensemble des programmes est donc essentielle.
- Gestion continue des bénéfices : le succès d'un programme ne doit pas être évalué uniquement à l'aune des projets menés à bien, mais aussi en fonction de son impact réel sur l'entreprise.
La technologie, catalyseur de la gestion moderne des programmes
À mesure que la taille des programmes augmente, les tableaux, les solutions ponctuelles et les rapprochements manuels atteignent rapidement leurs limites. Les informations relatives aux projets, aux ressources, aux budgets, aux risques et aux dépendances sont souvent dispersées dans différents systèmes et leur consolidation nécessite un travail considérable. Les solutions modernes de gestion de programmes créent ici une base de données commune. Elles offrent une vue d’ensemble centralisée des projets en cours, mettent en évidence les interdépendances de manière transparente et facilitent la prise de décisions éclairées au niveau des programmes et du portefeuille. Cette transparence s’avère particulièrement précieuse lorsque les programmes doivent être pilotés de manière dynamique, par exemple en cas de changements de priorités, de pénuries de ressources ou de nouvelles exigences stratégiques.
Conclusion
De nos jours, les entreprises échouent rarement à cause de projets isolés. Le principal défi consiste à coordonner des initiatives stratégiques complexes impliquant de nombreux projets interdépendants. C’est précisément là que réside la force de la gestion de programmes : elle apporte de la transparence sur les liens entre les projets, gère les interdépendances et veille à ce que les différents projets génèrent ensemble un bénéfice mesurable pour l’entreprise. Mettre en place avec succès la gestion de programme permet donc non seulement d’accroître la fiabilité de la mise en œuvre des grandes transformations, mais aussi d’améliorer la concentration des efforts, de mieux définir les priorités et d’optimiser l’impact des investissements stratégiques.
Une solution intégrée de gestion de projets, de programmes et de portefeuilles peut vous aider dans la mise en œuvre pratique. myPARM Project Management regroupe les fonctionnalités de gestion de projets, de programmes, de portefeuilles et de ressources au sein d’une plateforme unique et permet de gérer en toute transparence les interdépendances, les capacités et les priorités stratégiques. Cela permet de coordonner plus efficacement des programmes complexes et de prendre des décisions éclairées à tous les niveaux.
En savoir plus sur le logiciel de gestion de projet et de portefeuille myPARM :
Vous souhaitez découvrir myPARM lors d'une démonstration ? Alors prenez rendez-vous dès maintenant !
FAQ
Qu'est-ce que la gestion de programme ?
La gestion de programmes consiste à coordonner plusieurs projets interdépendants qui poursuivent ensemble un objectif stratégique global. Contrairement à la gestion de projet, l'accent n'est pas mis sur la réussite d'un projet individuel, mais sur les avantages découlant de l'interaction entre tous ces projets.
En quoi la gestion de programme diffère-t-elle de la gestion de projet ?
La gestion de projet se concentre sur la planification et la mise en œuvre réussies d'un projet unique. La gestion de programme, en revanche, pilote plusieurs projets interdépendants et veille à ce que ceux-ci contribuent ensemble à la réalisation des objectifs stratégiques de l'entreprise et permettent d'obtenir les bénéfices escomptés.
Quelle est la différence entre la gestion de programme et la gestion de portefeuille ?
La gestion de portefeuille détermine les projets et programmes qu'une entreprise doit mener afin d'atteindre au mieux ses objectifs stratégiques. La gestion de programme prend ensuite le relais et coordonne les projets sélectionnés et interdépendants afin qu'ils soient menés à bien conjointement.
Dans quels cas la gestion de programme est-elle pertinente ?
La gestion de programme s'avère toujours utile lorsque plusieurs projets sont étroitement liés et sont censés générer ensemble une valeur stratégique. Les initiatives de numérisation, les déploiements d'ERP, les programmes de développement durable ou les projets de transformation à l'international en sont des exemples typiques.
Quelles sont les missions de la direction du programme ?
Parmi les principales missions figurent la coordination des interdépendances entre les projets, la planification globale des ressources, la gestion des risques à l'échelle du programme, la gestion du changement, ainsi que la garantie que le programme apporte à l'entreprise les avantages escomptés.
Quels sont les défis liés à la gestion de programmes ?
Parmi les principaux défis figurent la coordination des nombreuses parties prenantes, la gestion des interdépendances entre les projets, l'utilisation efficace de ressources limitées ainsi que l'adaptation à l'évolution du contexte tout au long du programme.
Quels sont les avantages de la gestion de programme ?
La gestion de programmes apporte de la transparence dans des contextes complexes, améliore la coordination entre les projets et aide les entreprises à mettre en œuvre efficacement leurs changements stratégiques. Cela permet de réduire les risques, d'utiliser les ressources de manière plus ciblée et d'accroître le retour sur investissement.
Quel rôle les logiciels jouent-ils dans la gestion de programmes ?
Les logiciels modernes de gestion de programmes aident les entreprises à gérer de manière centralisée leurs projets, leurs ressources, leurs risques et leurs interdépendances. Il en résulte une base de données homogène qui facilite la prise de décisions éclairées et améliore le pilotage de programmes complexes.



